Circuit en Indonésie
Des confins indonésiens : Sumatra-Sud et Bornéo-Ouest
A l’occasion de Cap Go Meh, le festival taoïste chinois


Du 1er au 17 février 2022
Accompagné par Anne-Marie Wirja


Sumatra-Sud et Bornéo-Ouest ? Idée saugrenue pensez-vous ... peut-être pas autant qu’il n’y paraît !

Le concept sous-jacent à ce circuit est d’abord ce désir récidivant et goulu de “grands horizons” et de “vents d’aventures” ! Le monde se rétrécissant et s’affadissant, saisissons cette chance de voguer vers des univers encore préservés, insoupçonnés et singuliers. Telle sera la poutre maîtresse du voyage et l’Indonésie y répond pleinement : c’est assurément l’un des rares pays où des explorations sans pareilles restent possibles.

Certains peuvent arguer que si la destination n’est pas connue... c’est qu’elle est de peu d’intérêt. Que nenni ! La raison en est autre, c’est qu’elle est délicate à organiser sans une détermination farouche ! C’est parti !

Étirée le long de son épine dorsale que sont les Monts Barisan, Sumatra, la septième île au monde en superficie, écrivit son histoire sur l’opposition entre les gens des rivages et ceux des hauts plateaux. Pour les premiers, regarder la mer fut accueillir le monde, preuve en est apportée par le grand royaume indianisé de Sriwijaya. Bientôt Sumatra-Sud vit aussi la venue de l’islam et de ses prédicateurs, ainsi que celles de Chinois en quête de quelque opportunité. Un melting-pot étonnant sur lequel Palembang bâtit son identité et sa puissance. Nous nous y attarderons bien sûr.

“Les gens d’en-haut”, essarteurs-cueilleurs à l’origine, furent autrefois coupés du monde dans un milieu géographique hostile. Échappant aux influences indiennes, leur système socioreligieux resta longtemps purement autochtone : un chef impose son pouvoir, unit son clan et établit sa suprématie sur quelque fief. Garant de la pérennité de la communauté, il sera divinisé à sa mort. Ce concept ancestral trouve son expression dans un mégalithisme qui, s’il est universel, s’exprime différemment selon les lieux. A Sumatra, il atteint ses lettres de noblesse dans sa diversité d’expression - statues, tombes, dolmens, menhirs, auges...- et sa quantité de représentations... le troisième plus vaste ensemble au monde !

Ancrée de même dans l’Océan indien, Bornéo est la troisième plus grande île au monde. Kalimantan (terme s’appliquant au territoire indonésien de Bornéo) couvre une superficie similaire à celle de la France, soit un quart de la surface totale de l’Archipel, pour une très faible densité de population.

Ici aussi “gens des mers” et “gens des terres” s’opposent. Les Dayaks - qui comptèrent parmi les plus féroces chasseurs de têtes - ont depuis oublié ces pratiques tout en conservant une partie de leur culture riche et variée. Elle s’exprime dans les traditionnelles maisons longues - qui peuvent accueillir jusqu'à cinquante familles -, un art funéraire où certains défunts habitent des maisonnettes, sans oublier l’embellissement des corps par les tatouages. Nous irons à leur rencontre dans leur habitat si particulier où ils nous accueilleront selon la loi coutumière. Un grand bain-nature aussi, entre forêts primaires et étonnant bassin hydrographique du Lac Sentarum régulant crues et décrues du Kapuas, le plus long fleuve d’Indonésie.


Le rituel de Cap Go Meh

Si les Dayaks et les “Melayu” façonnèrent le visage de l’île, on ne saurait oublier le rôle primordial joué par les immigrés chinois venus dès le XVIIIe siècle pour travailler dans les mines d’or de Bornéo. Pionniers dans des zones inhospitalières, leur monde était peuplé de génies et démons qu’il fallait maîtriser et satisfaire pour survivre. Ainsi naîtra le rituel de Cap Go Meh, unique en Indonésie. Car, s’il scelle le cycle des festivités du Nouvel An chinois, il est incomparable pour ses centaines de médiums qui vont arpenter la ville et les temples de Singkawang afin de purifier les lieux des influences néfastes. Ils attesteront qu’ils sont possédés des dieux en entrant en transe et en faisant preuve de leur invulnérabilité par diverses mortifications. Une expérience indescriptible...

Programme (les lieux que vous visiterez sont mentionnés en caractères gras)

1er jour : Paris / Singapour
Envol pour Singapour (Plan de vol final fixé ultérieurement selon les meilleures opportunités du moment).

2e jour : Singapour / Palembang
Transit à Singapour et correspondance pour Palembang, la capitale de Sumatra-Sud. Transfert à l’hôtel Beston ou Zuri (bon confort).
Temps pour la détente. Dîner et nuit.

3e jour : Palembang
Étirée sur les deux rives du fleuve Musi, la cité de Palembang profite d’un emplacement privilégié qui marqua le cours de son histoire. Tournée vers l’océan, ses racines remontent au VIIe siècle, lorsqu’elle était la capitale du Royaume indo-bouddhique de Sriwijaya. Si peu de vestiges subsistent de cette puissante thalassocratie qui gouverna partiellement l’archipel et les contrées limitrophes, le cosmopolitisme de son passé transparaît en maints endroits.
Son artère vitale étant le fleuve, c’est sur lui que nous voguerons vers son aval, en direction de l’île de Kemaro. Elle est connue pour sa pagode et son temple chinois qui abrite les tombeaux d’un amour malheureux, celui d’une princesse de Sriwijaya et d’un fils de mandarin chinois... preuve s’il en est des relations avec la Chine attestées dès le VIIe siècle. Les Roméo et Juliette du cru y sont divinisés...
Cette courte navigation donne le pouls économique de Sumatra-Sud et reflète ses traditions. Ici se côtoient les voiliers penisi du peuple Bugis, les jolis bateaux colorés tongkang et les maisons flottantes caractéristiques de Palembang, sans oublier les cargos transportant les engrais, l’une des grosses industries de la Province.
En bateau toujours, nous retournerons vers l’amont et le Kampung Arab Al Manawar. Cette autre communauté d’origine étrangère - exclusivement yéménite à ses débuts – prit son essor au XVIIIe siècle lors du Sultanat de Palembang. Ayant reçu des avantages considérables de la part du souverain, elle fit des affaires lucratives. Le quartier, fondé par Habib Abbdurahman, possède huit maisons classées, chacune élevée pour l’un de ses enfants et dans un style différent, selon la mode du moment.
En début d’après-midi, nous ne saurions manquer le temple Kwan Tek Kong, un parmi les quelque cinquante de la communauté chinoise, attestant indirectement de son importance. Il vient d’être restauré à grands frais et est dédié à Guan Di, l’un des célèbres seigneurs de guerre de l’époque des Trois Royaumes.
C’est en cyclopousse que nous atteindrons le quartier des songket, nom donné au brocart tissé, en soie ou en coton, dans lequel des fils d'or ou d'argent sont incorporés ; ceux de Palembang ont grande réputation.
Tout près, un autre monde, le Goedang Boenjtit, autrefois entrepôt et résidence d’un riche Chinois qui s’était fort bien placé sur les rives du Musi. Aujourd’hui, c’est un lieu de distraction où les murs effondrés ont été laissés à la libre expression d’artistes.
Dîner et nuit à l’hôtel Beston ou Zuri (bon confort).

4e jour : Palembang – Bumi Ayu – Muara Enim
Nous complèterons notre visite de Palembang par la rive droite du Musi. Pour l’atteindre, nous traverserons le Pont Ampera, dont l’initiateur fut Soekarno, qui voulut faire en Indonésie l’équivalent du Tower Bridge de Londres ! Malheureusement, ilest figé depuis 1970...
Si le Sultanat de Palembang favorisa la communauté musulmane dans son ensemble, un renversement de tendance s’opéra en 1825, lorsque les Hollandais déposèrent le dernier sultan. Les Chinois - qui ne jouissaient alors d’aucun droit de propriété et vivaient sur des maisons flottantes - reçurent un fief en bord de fleuve. Leur communauté s’y installa et s’immisça comme intermédiaire commercial privilégié au sein du gouvernement néerlandais. Ce Kampong Kapitan était dirigé par un “Capitaine” et devint le centre commercial de la ville où l’on faisait halte. Deux maisons du chef de la communauté subsistent, une qui était sa résidence et l’autre le lieu de prière réservé aux dieux vénérés par la famille. Épars, quelques autres logis sont dans un état avancé de délabrement.
Tout aussi étonnante est la Mosquée Cheng Ho, essentiellement fréquentée par les musulmans d’origine chinoise ... de sorte qu’elle présente bien des traits architecturaux taoïstes ! Elle porte le nom du célèbre navigateur musulman, envoyé par la cour des Ming, qui fit escale trois fois à Palembang entre 1405 et 1433.
Nous nous rendrons ensuite à la gare pour prendre notre train en direction de Prabumulih (environ 1h30 de trajet), porte d’entrée du site de Bumi Ayu. Restent 35 km à parcourir en bus.
Le site de Bumi Ayu est une véritable énigme. Le royaume de Sriwijaya (VIIe – XIVe siècle) était d’obédience bouddhique, comme en témoignent la statuaire, les temples et les épigraphes mises à jour. Et pourtant Bumi Ayu fut une cité exclusivement hindoue, la seule et unique de cette période. Pourquoi ? La question reste posée, sans réponse. Une communauté venue de l’extérieur, pour le commerce ou pour coloniser ? Il est en effet notoire que les magnifiques sculptures entreposées au musée local portent en elles l’influence javanaise, aussi bien du IXe que du XIVe siècle. Elles sont en argile et d’une rare délicatesse.
Des soubassements de temples ont été excavés et restaurés, douze au total dont trois de quelque importance. Leur emplacement indique que la ville était située dans un ”bastion hydraulique” drainé par la rivière Lematang et entouré de rus.
Continuation vers Muara Enim. Dîner et nuit à l’hôtel Grand Zuri (bon confort) ou similaire.

5e jour : Muara Enim – Lahat - Pagar Alam (112 km)
Changement de monde... des Basses Terres nous voici aux Hautes Terres, piémont de l’épine dorsale qui parcourt Sumatra. La tradition rizicole des plaines fluviales, là où s’épanouit le royaume de Sriwijaya vivant des échanges et contacts extérieurs, s’est ici effacée pour laisser place aux chasseurs-cueilleurs. Le système social communautaire repose sur un ancêtre, instigateur d’une tribu hiérarchisée et divisée en clans.
Cette émergence de chefs précéda la création originale de monuments mégalithiques. Ceux-ci servaient à inhumer les défunts, les honorer, communiquer avec eux. Pour ces peuples qui n’utilisaient pas l’écriture, ces pierres, brutes ou taillées, marquaient le paysage et transmettaient la mémoire des hommes d’une génération à une autre.
Pendant deux jours nous allons sillonner la région de Pasemah qui offre la plus grande concentration de mégalithes d’Indonésie et le troisième plus grand ensemble au monde. Pas moins de 44 sites pour 1 025 pierres dressées, statues, chambres funéraires et “mortiers” !
Voici quelques découvertes au programme de ce jour :

-  Au village de Tanjung Sirih quatre statues sont dressées : la Batu Putri Besak où une personne avec un enfant sur les genoux est montée sur un buffle ; la Batu Satria pour un guerrier malheureusement tombé face contre terre, et enfin la Batu Macan, la plus originale, où l’on voit deux tigres s’accouplant.
-  Le grand site de Tinggi Hari, scindé en trois ensembles distincts qui abritent les plus hautes représentations humaines de la région – pour certaines de plus de 2 mètres - et un menhir sculpté.
-  Rinduhati où une dizaine de statues sont éparpillées, souvent décapitées du fait des iconoclastes ou de ceux qui cherchaient des trésors ...
-  Muaradua, sera le dernier arrêt du jour, touchant par sa petite statue accroupie, assortie d’autres pierres à divers orifices et “rigoles” burinées.
Il est à remarquer que deux types de personnages ont été figurés, ceux qui chevauchent buffles ou éléphants et ceux qui vont à pied, portant souvent de lourdes charges sur leur dos. Les sculpteurs ont-ils commémoré le voyage des natifs des hauts plateaux vers les plaines afin d’y échanger leurs ressources contre des outils et divers objets importés ?
Notre route vers Pagar Alam sera un “bain nature” au milieu de jungles et plantations d’hévéas ou de caféiers.
Dîner et nuit au Besh Hotel ou Putri Sriwijaya Resort ou similaire (tous de bon confort).

6e jour : Pagar Alam et environs
D’autres mégalithes remarquables et de styles différents nous attendent.

-  Belumai, à l’Est de la ville, est un site particulièrement riche. On y voit un individu portant des armes et un tambour, une chambre funéraire et l’une des pièces-maîtresse de la région, l’Arca Gajah qui met en scène un homme chevauchant un buffle dans un style très expressif et dynamique.
-  Tegur Wangi, où se trouvent quatre hommes agenouillés qui, dans leur position d'origine, regardaient les points cardinaux. Représentaient-ils les morts enterrés sous les dolmens qui sont à l’arrière ? Ou sont-ils les simples protecteurs d'importants personnages ?
En chemin, nous traverserons la grande et belle plantation de thé de Gunung Gare, sur les flancs du Dempo, la montagne sacrée des gens des hauts plateaux.
-  À Gunung Megang, suite à une jolie petite marche dans la campagne, nous rencontrerons un homme combattant un éléphant. Il porte une épée accrochée à sa ceinture et il mesure 1,55 mètre. Un dolmen est allongé contre cette statue.
-  Pulau Panggung est l’un des plus beaux sites où, éparpillées dans une plantation, ont été dégagées une vasque sculptée, des pierres en forme d’auge et la magnifique statue d’un homme sur un éléphant.
-  Kotaraya Lembak trouve son originalité dans ce que l’on suppose être des tombes de cistes, bien qu’aucun ossement n’y fût retrouvé. En revanche, parmi les sept cavités, certaines ont des parois décorées de motifs polychromes, à thème animalier ou végétal. De nombreuses perles de colliers étaient enfouies dans le sol.
Ces mégalithes de Pasemah gardent encore bien de leurs secrets, l’un d’entre eux étant la datation.
Les théories les plus extravagantes ont vu le jour ... il semblerait que le mégalithisme ait commencé aux VIIe et VIIIe siècles à Java-Est avant de se propager au reste de l'île, au Sud et Centre de Sumatra puis à Sulawesi central. Cette tradition se serait intensifiée lorsque ces peuples sont entrés en contact avec de nouveaux arrivants, le royaume de Sriwijaya ici. Et d’ailleurs elle s’éteindra avec lui.
Dîner et nuit au Besh Hotel ou Putri Sriwijaya Resort ou similaire (tous de bon confort).

7e jour : Vol de retour pour Palembang et fin des visites
Vol de retour pour Palembang en cours de matinée.
NB : le vol Pagar Alam-Palembang fait partie des destinations “pionnières” de la compagnie Wings Air. S’il devait être annulé, il nous faudrait rentrer vers Palembang, en bus ou en train ... ce qui serait un très long parcours, non négociable malheureusement !
Avant de quitter Sumatra Sud, le musée provincial Balaputradewa sera un excellent récapitulatif de nos visites. Il abrite une riche collection d’objets couvrant toutes les périodes de l’histoire de la Province, avec quelques mégalithes et statues bouddhiques remarquables, sans oublier une maison traditionnelle en bois, ayant appartenu à un noble du XIXe siècle, et remontée ici.
Et pour terminer dans la beauté et le rêve, nous nous rendrons à la maison Limas Aziz, portant le nom de son propriétaire, marchand de meubles et collectionneur d’antiquités. Sa motivation était de reconstituer une maison typique de la région pour en faire un témoin dédié aux jeunes générations. Mission accomplie !
Dîner traditionnel et danses de Palembang réservés à notre groupe.
Nuit à l’hôtel Beston ou Zuri (bon confort). Dîner et nuit.

8e jour : Palembang / Pontianak
Journée de transition nous permettant de quitter Sumatra-Sud pour atteindre Bornéo-Ouest.
Aucun vol direct ; transit via Batam ou Jakarta.
Le plan de vol sera déterminé selon les meilleures disponibilités du moment
Arrivée à Pontianak et transfert à l’hôtel Avara Boutique (bon confort) ou similaire. Dîner et nuit.

9e jour : Pontianak / Putussibau – Datah Diaan – Semangkok – Putussibau
Vol dans la matinée pour Putussibau, petite bourgade de 20 000 habitants sise sur les berges du fleuve Kapuas. Bénéficiant de son statut de “zone protégée”, elle a pu partiellement sauvegarder ses forêts primaires. Elle est aussi la porte d’entrée de “gens des terres” très célèbres, les Dayaks.
Ce terme générique dissimule une myriade de groupes et sous-groupes et nous aurons l’occasion de découvrir trois d’entre eux : les Kayan, les Taman et les Iban.
Pour les premiers, nous nous dirigerons vers Datah Diaan où nous serons accueillis selon le rite de la coutume. Nous déjeunerons avec les villageois, dans leur maison communautaire, occasion d’échanger sur leurs croyances et quotidien.
En petit bateau affrété, nous poursuivrons vers Semangkok, qui est au cœur de l’ethnie Taman et qui abrite plusieurs betangs ou maisons longues, un des marqueurs identitaires des Dayaks. Toutes sont construites en parallèle à la rivière, leur façade étant tournée vers elle. L'amont est considéré comme propitiatoire et là résident les chefs.
La Semangkok II, perchée à 7m de haut pour se prévenir des attaques, fut élevée en 1916 et s’étire sur 40 m ; elle présente 15 tindoan ou “appartement”. A l’avant, une terrasse que tous partagent parcourt la longueur de la maison longue. Deux autres betangs abritent les habitants du hameau.
La communauté Dayak Taman a sa propre façon de continuer à aimer ceux qui l’ont quittée, en n’enterrant pas ses défunts mais en plaçant les cercueils dans des maisonnettes dites Kulambu. Des objets que le mort avait possédés y sont aussi déposés pour l’accompagner dans l’au-delà en tout confort ! Cette tradition était réservée aux classes supérieures et “n’est plus à la mode”, ne serait-ce que par la rareté du bois.
Retour à Putussibau, dîner et nuit à l’hôtel Grand Banana (bon confort) ou similaire.

10e jour : Putussibau – Betang Sungai Utik – Lanjak – Lac Sentarum
En direction du Nord-Ouest, vers le Lac Sentarum, nous traverserons une région Iban où la Betang Sungai Utik fit parler d’elle...
Le groupe Iban est peut-être le plus réputé de l’ethnie Dayak... pour la “dextérité” de ses anciens chasseurs de têtes ! Les temps ont changé mais le caractère guerrier s’exprime toujours, certes différemment. La maison longue possède 26 tindoan et fut restaurée il y a une quarantaine d’années. En 1983, la rivière passant devant la maison longue - dont la communauté dépend pour laver, se baigner et boire - est soudain devenue grise. La tribu, armée de lances, de machettes et de sarbacanes remonta la rivière et trouva une entreprise locale dévastant sa forêt ancestrale. Après l'échec des négociations, ils ont menacé la société de guerre et ont finalement réussi à chasser les coupables. En 2008, ils reçurent le prix “de gestion durable des forêts” pour avoir protégé leur territoire coutumier de 9 504 h - dont 7 500 h de forêt tropicale - contre les intérêts des entreprises. Nous déjeunerons avec les habitants.
Continuation vers Lanjak, port d’accès au Lac Sentarum, où nous embarquerons dans de petits hors-bords.
Contrairement aux lacs conventionnels, il s’agit ici d’un val inondable, dont le niveau des eaux monte et descend au fil des moussons – jusqu’à 12m -, et qui régule les crues du Kapuas. Ainsi se forment des lacs temporaires ... qui se transformeront en prairies en saison sèche !
Parc national depuis 1999, il est d’une étonnante biodiversité et offre une forêt marécageuse remarquable, dite “naine”, “rabougrie” ou “haute”. Nous aurons le plaisir de nous y faufiler, jouant à cache-cache avec les berges des lacs et des rus, où vivent sur pilotis des “Melayu” ou des Dayaks. Ils sont cultivateurs, pêcheurs ou “chasseurs” du miel des abeilles api dorsata. Une très belle escapade dans un milieu original et préservé.
Dîner et nuit au Lodge Tekenang (sommaire mais le seul disponible, chambres à partager à plusieurs) situé dans la réserve lacustre.

11e jour : Lac Sentarum – Lanjak – Betang Benua Tengah –Putussibau
Ce chemin en sens inverse pour regagner Putussibau sera l’occasion de renouer avec les Dayaks Taman. La betang Benua Tengah est l'une des plus anciennes et spectaculaires de Kalimantan-Ouest. Elle fut fondée en 1864, rénovée en 1940 puis en 2005. Elle se compose de 38 portes (façon de compter les familles, bien que l’on puisse trouver plusieurs d’entre elles par porte...) pour une longueur de 137m. Ses piliers sont d’origine mais ont perdu de la hauteur du fait des ravages du temps, passant de 9m à 4m. Depuis 2009, elle fait partie des édifices classés au patrimoine culturel de la régence de Kapuas Hulu. Les appartements présentent des parois joliment décorées et les objets rituels y sont nombreux. Outre les classiques gongs, jarres et chapeaux, au plafond sont suspendus les kalangkang, sorte de caissons utilisés pour les offrandes envers Sampulo Padari, le dieu suprême, lors des rituels des moissons. Car s’ils sont largement christianisés, les Dayaks maintiennent les anciennes célébrations vues alors comme “us et coutumes”. Nous déjeunerons dans la betang, selon la tradition.
Retour vers Putussibau, dîner et nuit à l’hôtel Grand Banana (bon confort) ou similaire.

12e jour : Putussibau – Betangurang Unsa et Malapi – Putussibau / Pontianak
Une dernière escapade – et regard aussi - vers des betangs qui ont marqué à divers titres l’histoire de la région.
Celle d’urang Unsa, construite en 1942, possède 29 tindoan et est remarquablement tenue. Ici comme dans d’autres maisons, les hommes pratiquant le tatouage y sont encore nombreux. C’est un marqueur identitaire essentiel des Dayaks de Kalimantan-Ouest qui laissent libre cours à leur imagination ou au contraire qui privilégient les motifs classiques. Ils sont d’abord destinés à protéger l’âme de la personne et doivent indiquer la bravoure, le savoir et le statut social, pour les hommes comme pour les femmes. Ils expriment aussi un rapport avec le monde des défunts : après la mort, le tatouage devient lumineux et il éclaire le chemin vers l’au-delà, afin que le défunt y retrouve ses parents.
Quant à Malapi, c’est un ensemble de maisons longues, toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Si la Melapi II est en bord de route, c’est la Melapi I, la maison-mère, qui retiendra notre attention, après avoir traversé le Kapuas en petit bateau.
Cette betang est isolée de ses consœurs car y vivent uniquement des semagat et pabiring, à savoir les castes supérieures. Elle fut dressée et inaugurée en 1943 et s’étire sur 220m. Outre ses dimensions qui sont exceptionnelles, elle est le lieu officiel de réunion de tous les Tamans de Kalimantan-Ouest et de Sarawak. C’est sur son territoire qu’en 1860 les tribus Dayaks ont aboli l'esclavage et ont accepté de remplacer les sacrifices humains par des animaux. Le monument tooras a été érigé devant la Betang Malapi I pour commémorer l’évènement.
Retour à Putussibau, déjeuner et vol en début d’après-midi pour Pontianak. Transfert vers la ville et emménagement à l’hôtel Avara Boutique (bon confort) ou similaire.
Temps libre pour s’imprégner de l’ambiance festive qui règne dans la capitale de Kalimantan-Ouest, du fait de l’animation de ses restaurants de rue et grâce aussi aux décorations lumineuses dominées par le rouge, couleur porte-bonheur des Chinois. Il est omniprésent partout et même dans la cathédrale de Santo Yosef, consacrée en 2015 en remplacement de celle qui était devenue trop exiguë. Imposante par sa taille, c’est un panaché d’influence byzantine pour son dôme, Dayak dans sa décoration ... et chinoise pour sa vierge qui ressemble étrangement à Kuan Yin...
Dîner et nuit.

13e jour : Pontianak – Singkawang
Pontianak vit le jour le 23 octobre 1771, à partir d’un petit village de pêcheurs malais et sur initiative de Syarif Abdurrahman Alkadrie, fondateur du Sultanat. Grâce à l’emplacement de la cité, Syarif réussit dans le commerce et, au XVIIIe siècle, fit venir des ouvriers chinois pour travailler dans des mines d'or de l’arrière-pays... de quoi attirer l’attention des Hollandais qui s’installèrent en grande pompe en 1778.
L’histoire permet ainsi de comprendre pourquoi 1/3 de la population de la ville est d’origine chinoise – près de 50% à Singkawang – : ces deux cités sont une exception dans le paysage ethnique indonésien. Les descendants des Hokkiens dominent à l'Est de l'Indonésie, au Centre et à l'Est de Java et le long de la côte Ouest de Sumatra. Les Teochews, les voisins du Sud des Hokkiens en Chine, se trouvent sur toute la côte orientale de Sumatra, dans l'archipel de Riau et ici, dans l'Ouest de Bornéo.

13e jour suivant le Nouvel An (Imlek) ... « l’ouverture des yeux des dragons ». La cérémonie a pour but de faire pénétrer l’esprit du dieu-dragon dans ses répliques terrestres qui prendront ainsi vie le temps de Cap Go Meh. Pour inviter l’esprit à s’introduire, des médiums particuliers sont affectés à cette tâche, eux-mêmes possédés de Sun Go Kong (le dieu-singe). Après avoir récité des mantras, ils appliqueront symboliquement une tache de peinture rouge sur les yeux des reproductions en papier. Ainsi devenus puissants, les dragons protègeront des influences néfastes et apporteront bénédiction. Dans une atmosphère joyeuse et endiablée, ils sont nombreux à se succéder devant les médiums, avant de partir ensuite parcourir la ville. Ceci se déroule exclusivement au temple de Kwan Tie Bio de Pontianak et nous y assisterons.
Le temps sera venu de découvrir plus en détails la cité. Nous débuterons par le Musée régional, bonne introduction à nos découvertes futures. Nous poursuivrons par ce qui fut le quartier du Sultanat, au confluent des Kapuas et Landak, ce qui permettait de garder un œil sur le trafic fluvial. Syarif Abdurrahman Alkadrie y fit élever son palais, entièrement en bois, pour son couronnement en 1778 alors que la mosquée portant son nom fut rénovée par son fils en 1827. Elle est typique des mosquées indonésiennes, dont les toits de bardeaux à plusieurs niveaux sont exhaussés par six piliers, ici en bois de fer. Tout près se tient le Kampung Beting, quartier lacustre où vivent les descendants d’Arabes et de Bugis. C’était autrefois l’accès obligé pour le commerce, à proximité du palais.
Continuation vers Singkawang que nous atteindrons au bout de quelque 4h de route monotone. Arrivée tardive.
Dîner et nuit au Swiss-Belinn (bon confort) ou similaire.

14e jour : Singkawang –DÉBUT DU FESTIVAL CAP GO MEH
Singkawang était un village qui faisait partie du Sultanat de Sambas, paradis des commerçants et des chercheurs d'or de Monterado situé à l’intérieur des terres. Les mineurs se reposaient d'abord ici et le hameau devint la plaque tournante du marché de l’or. Dès le milieu du XVIIIe siècle, la population était presque exclusivement chinoise et c’est ainsi qu’apparut la nécessité d’édifier des lieux de culte, par dizaines, afin de satisfaire les diverses divinités du panthéon tao, tout comme les traditions de chaque ethnie présente.
Les rues principales de la cité convergent vers le temple Tri Dharma Vihara Bumi Raya, élevé en 1878 et œuvre des mineurs. A l’époque, le hameau était entouré de forêts et les esprits maléfiques y étaient réputés comme particulièrement agressifs ! Le temple était la barrière protectrice...
De ce fait, lors de Cap Go Meh, les Tatungs (chamans chinois) viennent demander ici les faveurs du dieu pour se prémunir de tout danger. La cérémonie d'invocation amène les mânes - chefs de guerre, juges, écrivains, princes célèbres de l’ancienne histoire de Chine - à posséder les Tatungs. Au service des forces de l’ombre, les médiums seront ainsi aptes à éloigner le négatif et à inviter le positif. Après leurs prières, ils entreprendront un tour de ville de temple en temple.
De notre côté, nous continuerons aussi notre chemin au centre-ville qui affiche un petit air désuet, non dépourvu de charme.
Le premier arrêt sera pour la maison Tjhia élevée en 1902 par M. Xie, le magnat de la région. Affirmant sa suprématie, il construisit plusieurs pavillons à la croisée architecturale de l’orient et de l’occident, habités encore par ses descendants à la septième génération.
Rencontrant des centaines de Tatungs accompagnés de leurs dévots, nous les suivrons de klenteng en klenteng (temple chinois). Parmi les plus remarquables de ces lieux de dévotion, il faut citer : le Klenteng Dewi Samudra, très vénéré car il obéit parfaitement aux règles du Feng Shui et est dédié à la déesse des océans qui décidait du sort des migrants ; le Vihara Kwan In, récent et construit par un homme d’affaires qui affiche ici toute son opulence ; le Klenteng Ng Fong Pak Kung, petit et aussi mignon qu’une maison de poupées et le Yayasan Fa Zhu Kung. Sa divinité est crainte car elle a pour tâche de superviser l'humanité. A chaque éclipse lunaire, elle fera son rapport au palais céleste sur les bonnes et mauvaises actions des gens d’ici-bas. En outre, le quartier est le plus orné de Singkawang, avec ses milliers de lampions, ces pseudo-cerisiers symbole du printemps ou encore ses balancelles fleuries.
Retour à l’hôtel pour un repos bien mérité, dîner et nuit au Swiss-Belinn (bon confort) ou similaire.

15e jour : LA PROCESSION CAP GO MEH - Retour sur Pontianak
Le grand jour est arrivé ! Une procession qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer... Une première approche sur YouTube :
https://youtu.be/ff2SoijQk48
https://youtu.be/JBWm1pAbjnI
https://youtu.be/ksA4OD2h0YU

Seront au rendez-vous pas moins de 800 Tatungs, plus peut-être... en un défilé de plus de 4h.… ainsi la ville sera-t-elle assurément débarrassée de toute interférence nuisible du moindre génie nocif égaré...
Trois types de médiums sont discernables : les Chinois mais aussi les Dayaks et des Malais. Tous doivent jeûner pendant trois jours avant la célébration pour atteindre un certain état de pureté.
Les médiums chinois sont vêtus tels des généraux Ming, illustrant la force de leurs aïeux pionniers qui se sont battus pour assurer les établissements d'immigrants aux XVIIIe et XIXe siècles.
Un groupe de Tatungs est composé d’environ 20 membres où chacun a sa tâche à accomplir : porter le médium sur sa “chaise”, jouer de la musique, tenir le drapeau de l’organisation dont ils dépendent – et indiquant le dieu concerné - ou encore porter le jailangkung, panier recouvert de tissu qui s’agite en tous sens, symbole de la présence de l’esprit.
Possédés par les mânes, les Tatungs agissent étrangement, certains piétinant une lame ou un couteau, d’autres perforant leurs joues de câble d’acier à moins qu’ils ne préfèrent boire le sang d’un poulet vivant qu’ils mangeront ensuite goulûment ... tout cru! Les dieux sont aussi de sortie dans de jolis palanquins.
De nombreux Dayaks participent à ce rituel qui n’est pas sans rappeler leurs cérémonies traditionnelles de possession. Par ailleurs, les contacts entre les deux communautés furent étroits au cours de l’histoire. Le costume Dayak est reconnaissable par son gilet brodé, sa coiffe décorée de plumes de calao ou de faisan. Les Malais ont un habit distinctif qui comprend un gilet sur un pantalon avec des écharpes nouées sur leur poitrine et sur leurs bras. Sur leurs têtes, des bandanas avec des sourates du Coran.
Et bien sûr, séparant les groupes, les danses des dragons et des lions, acrobatiques et frénétiques.
Au cours de cette procession, nous serons assis sur des bancs numérotés (billets achetés longtemps à l’avance) et protégés du soleil par un taud. Ce sont les meilleures conditions pour apprécier ce moment exceptionnel.

Retour vers Pontianak en début d’après-midi. Si le temps le permet, acquisition de quelques souvenirs immortalisant le voyage, puis dîner dans un restaurant chinois aux mets typiques de Pontianak.
Nuit à l’hôtel Avara Boutique (bon confort) ou similaire.

16e jour : Pontianak et vol de retour
Et l’on ne saurait quitter Pontianak sans participer aux cérémonies clôturant le grand cycle du Nouvel An. Le moment est venu de fermer les yeux des nagas et le rite se déroulera au même temple où les Tatungs leur avaient donné vie. Nous les retrouverons ensuite à l’esplanade de crémation, près du cimetière chinois, où les dernières facéties et pirouettes seront leur signe d’adieu. Des fidèles essaieront de s’emparer des écailles en tissu ou carton comme porte-bonheur. La mission terrestre des dragons étant accomplie, ils doivent retourner au ciel, emportés par les flammes...
Et pour nous il sera aussi temps de nous rendre à l’aéroport pour être emportés ... vers d’autres cieux.

17e jour : Arrivée à Paris



Ceci vous séduit? Contactez-nous pour connaître les conditions
Préparez votre voyage en lisant les
“informations pratiques”.